La décision de l’Autorité Nationale des Jeux (ANJ) d’ordonner le blocage de Polymarket en France a déclenché une véritable tempête sur les réseaux sociaux. Accusations de dérive autoritaire, cris à la censure et rumeurs d’amendes astronomiques ont rapidement envahi la plateforme X. Pourtant, derrière l’indignation collective et l’ébullition libertarienne, se cache une mesure classique de police des jeux visant un opérateur de paris illégal en cryptomonnaies.
La fake news de l’amende à 100 000 € démontée
L’emballement autour du blocage de Polymarket a atteint son point d’orgue après la publication d’un tweet affirmant que le simple partage d’une capture d’écran de Polymarket exposerait les internautes à une amende de 100 000 €. Si cette somme figure bien dans le Code de la sécurité intérieure, elle a été totalement sortie de son contexte.
La loi ne cible pas les utilisateurs ou les journalistes partageant un visuel dans un but d’information, mais punit exclusivement la promotion active et publicitaire d’un site de jeu non agréé. Malgré le correctif rapide apporté par l’auteur de la publication initiale, la rumeur d’une criminalisation des internautes s’était déjà propagée.
Cette polémique repose également sur une confusion de nature : Polymarket est souvent défendu à tort comme une « source d’information » ou un oracle infaillible de l’intelligence collective. En réalité, ses cotes ne font qu’agréger des données publiques existantes, tout en subissant les biais des parieurs et des tentatives de manipulation financière.
En avril dernier, l’affolement suspect d’une sonde de Météo-France à Roissy, provoqué pour faire grimper un contrat météo sur la plateforme, a rappelé la vulnérabilité de ces marchés de prédiction face à la spéculation.
Une mesure de régulation face à la concurrence déloyale
Le blocage de Polymarket s’inscrit dans la mission historique de l’ANJ : réguler le marché des jeux d’argent pour protéger les consommateurs et garantir une concurrence loyale. En accueillant des centaines de milliers de visiteurs français sans agrément, sans vérification d’identité (KYC) et sans s’acquitter des taxes nationales, la plateforme américaine s’est placée en situation d’illégalité face aux opérateurs régulés comme Winamax ou Betclic.
De plus, les chiffres de l’activité sont loin de l’éden financier promis : une étude récente démontre que près de 69 % des comptes sur Polymarket sont déficitaires, le gros des gains étant capté par une infime minorité de traders professionnels.
Par ailleurs, la France est loin d’être un cas isolé dans sa sévérité à l’égard des marchés de prédiction non régulés. L’Espagne a elle aussi bloqué l’accès à Polymarket et Kalshi au printemps dernier, tandis que neuf régulateurs européens ont signé une déclaration commune en juin pour harmoniser leur lutte contre ces plateformes.
Enfin, l’amalgame fait par certains internautes avec la loi sur la majorité numérique à 15 ans et l’obligation de vérification d’âge d’ici 2027 relève d’un contre-sens : il s’agit de deux dossiers législatifs distincts, l’un relevant de la protection des mineurs sur les réseaux sociaux, l’autre de la simple police des jeux de hasard.