Nommé président de l’Autorité nationale des jeux, Pascal Chevremont a survécu de justesse à son audition parlementaire du 17 juin 2026. Un vote serré qui révèle autant les fractures politiques autour du gambling que les dossiers brûlants qui l’attendent.
Une doctrine prudente
Dix-neuf voix contre dix-huit à l’Assemblée nationale, douze contre trois au Sénat. Le veto n’a jamais été atteint, il aurait requis une majorité qualifiée des votes négatifs cumulés des deux chambres. Pascal Chevremont prend donc ses fonctions, fragilisé politiquement, mais avec une vision déjà précisée au fil des questions.
Sur la publicité, il a repoussé l’idée d’une loi Évin des jeux dans les deux chambres, estimant que la régulation existante est suffisante et que toute évolution appartient au législateur. Sur le casino en ligne, il a jugé qu’une légalisation ne tarirait pas le marché noir, les opérateurs illégaux tirant leur avantage d’une absence totale de fiscalité plutôt que d’une meilleure offre.
Il a néanmoins reconnu que l’incitation à demander un agrément reste faible dans les conditions fiscales actuelles, une concession notable au regard du milliard d’euros de rendement évoqué dans les discussions autour du PLF 2027.
Le dossier le plus marquant de l’audition concerne l’algorithme d’identification des joueurs excessifs publié par l’ANJ le 12 mai 2026. L’outil a détecté 600 000 joueurs à forte probabilité de jeu excessif, contre 90 000 déclarés par les opérateurs en 2025.
Un écart qui fragilise six ans de politique de prévention construite sur des données structurellement sous-évaluées. Chevremont s’est dit très interrogatif sur les décisions prises sur cette base, et s’est engagé à obtenir les sous-jacents de calcul de l’outil.
Des clivages politiques qui dépassent la régulation sectorielle
L’audition a fonctionné comme révélateur des positions de chaque bloc. La gauche a mené l’offensive la plus directe, attaquant le passé de Chevremont à la tête de Brasseurs de France, réclamant une loi Évin des jeux et citant les chiffres d’Addiction France selon lesquels 63 % du produit des paris sportifs proviendrait de joueurs en perte de contrôle.
La droite a porté un tout autre sujet, la défense du PMU, de la filière hippique et des 30 000 points de vente de la Française des Jeux, percevant dans la numérisation une menace pour les territoires ruraux. Le centre a soutenu le candidat sur des questions sectorielles, tandis que le Rassemblement National est resté technique, avec un accent sur la protection des mineurs.
Ce que ces clivages révèlent, c’est que le gambling est devenu un prisme à travers lequel chaque camp lit la société : impôt sur les pauvres pour les uns, réseau de lien social en péril pour les autres, source de fiscalité sous-exploitée pour d’autres encore. Chevremont devra administrer un régulateur dont chaque décision sera lue à travers ces grilles antagonistes.